Delphine Paul, Sony/ATV : « le chiffre d’affaire généré par Boem continue d’augmenter »

Article par Isabelle Szczepanski paru sur Electron Libre.

Certains des droits des éditeurs de musique sont gérés par la Sacem, et d’autres sont gérés en direct. Ainsi en est-il des droits graphiques sur les paroles et partitions. Les droits sur les paroles sont venus sur le devant de la scène avec l’arrivée, dès les débuts du Web, de sites reproduisant illégalement les paroles, et violant par la même les droits des éditeurs et des artistes qu’ils représentent. Pour gérer ce phénomène – et proposer des solutions aux sites souhaitant obtenir une licence dans les règles – les éditeurs français sont passés par la Chambre Syndicale de l’Edition Musicale (CSDEM). Delphine Paul de Sony/ATV préside la commission Graphique et Numérique de la CSDEM, en charge notamment des paroles de musiques. Elle nous explique les développements récents en matière de paroles en ligne, ainsi que les avancées des éditeurs grâce à la base de données « BOEM » mise en place par la CSDEM en 2008. A noter, la Commission Graphique travaille actuellement sur une version numérique de la fameuse Anthologie de la Musique Française.

La plupart des lyrics disponibles sur le net le sont sans l’autorisation des ayants-droit : cette affirmation était vraie il y a quatre ou cinq ans, l’est-elle encore aujourd’hui ?

Cela est de moins en moins vrai heureusement ! L’action des éditeurs contre les sites pirates tant en France qu’à l’international, ainsi que les campagnes de déréférencement ont porté leurs fruits. Il y a de moins en moins de sites illicites et l’offre légale de paroles s’est enrichie de nouveaux sites à l’ergonomie plus fonctionnelle que ne l’était celle des sites pirates.

Le programme BOEM mis en place par les éditeurs français porte-t-il ses fruits ? 

Créée à l’initiative de la CSDEM, BOEM – Base d’Oeuvres de l’Edition musicale – est une base de donnée regroupant les paroles des chansons de ses membres ainsi que les métadonnées associées. Cette base est renseignée directement pas les éditeurs, et opérée par la SEAM (Société des Editeurs et Auteurs de Musique), société de gestion collective qui assurait déjà la gestion de la reprographie des partitions et de la copie privée numérique graphique.

Cette idée de proposer une sorte de « guichet unique » pour un nombre conséquent d’œuvres facilite l’exploitation par des opérateurs digitaux. Ceux-ci ont ainsi accès à une grande partie du répertoire de chansons par une seule négociation. La fluidité de ce process les encourage à obtenir des licences légales.

Le chiffre d’affaire généré par Boem continue d’augmenter depuis sa création et la récente signature d’une licence avec Lyricfind (agrégateur) permettra au répertoire français d’avoir accès au marché mondial, ce qui générera plus de droits. Il sera aussi intéressant d’avoir des informations précises sur les territoires dans lesquels les œuvres sont consultées.

Qui sont les entreprises qui utilisent la base de données BOEM ? Plutôt des « vieilles » entreprises du web, ou plutôt des start-ups ? 

Beaucoup d’acteurs du digital s’intéressent aux paroles, car les paroles, par la saisie de mots clés, permettent de faire remonter les sites dans les moteurs de recherche. Les sites intéressés par les paroles sont donc très variés, des sites traditionnels aux applis starts up, en passant par des sites « musique » comme des sites plus généralistes. Par exemple, dans le secteur des médias, le site du Monde affiche les paroles de chanson via un accord passé avec paroles2chansons.com. Parallèlement, de nombreuses applis déjà consacrées à la musique comme « Shazam » publient aussi les paroles de chanson.

Deezer propose à ses usagers les paroles des musiques de son catalogue. Pourquoi pas iTunes ? Y a-t-il des chances que cela arrive dans un futur proche ? 

Deezer a un été l’un des premiers sites à publier les paroles avec l’objectif de créer un lien affectif avec les internautes qui s’approprient plus facilement une chanson avec les paroles.

Au-delà de cet aspect émotionnel, les paroles permettent d’enrichir le catalogue grâce aux métadonnées liées au textes.

Beaucoup d’autres sites sont en train d’avoir cette réflexion qu’a eu Deezer sur l’intérêt de publier les paroles. D’autant plus que le mode de consommation des paroles a encore évolué : les paroles sont aujourd’hui de plus en plus recherchées et visionnées sur les mobiles, les internautes aiment lire le texte en écoutant la chanson, puis les partager…

 

« En France, nous avons beaucoup œuvré pour qu’il n’y ait plus de sites illicites »

 

Avez-vous évalué le manque à gagner sur le marché des lyrics en ligne pour les éditeurs français du fait du piratage qui perdure ? Quel est, en outre, le profil des sites qui piratent ? 

En France, nous avons beaucoup œuvré pour qu’il n’y ait plus de sites illicites et la progression des chiffres de Boem confirme cette tendance. Il n’en reste pas moins qu’il est toujours difficile d’évaluer le manque à gagner sur des utilisations illicites car la plupart des sites qui restent pirates sont en général des sites étrangers sur lesquels nous avons peu de visibilité.

La Commission européenne a proposé un « notice and stay down » au lieu du système de notice and put down existant aujourd’hui vis-à-vis des plateformes. Pouvez-vous nous expliquer la différence ? Quelle solution a la préférence des éditeurs et pourquoi ? 

Ce qui est certain, c’est que la  procédure actuelle de « Notice and take down » n’est actuellement pas satisfaisante puisqu’elle bénéficie au contrefacteur : alors que pour solliciter le retrait d’un contenu illicite, l’ayant-droit est tenu de justifier de ses droits, il suffit au contrefacteur de faire une « counter claim » pour que le contenu litigieux soit remis en ligne, l’ayant-droit étant en retour informé qu’il lui appartient d’intenter une action en justice contre l’auteur du contenu illicite pour obtenir son retrait définitif. Il est en outre de plus en difficile de pouvoir identifier les créateurs des sites illicites.

Une piste de solution proposée par les éditeurs, par le biais de la CSDEM, consisterait à reconnaître des entités comme incontestables pour initier les procédures « notice and take down » avec cette particularité que, puisqu’une telle demande émanerait de ces entités, elle ferait perdre à l’exploitant du contenu litigieux toute possibilité de faire une counter claim et obtenir de ce seul fait, la remise en ligne du contenu litigieux. Une telle procédure nouvelle conduirait l’exploitant à suivre obligatoirement une procédure de résolution des litiges pouvant mener à ce que le contenu soit remis en ligne ou pas. Au travers de cette procédure, il serait tenu d’entrer en contact avec le titulaire des droits d’auteur et donc de s’identifier.

 

Dupliqué sur www.csdem.org avec l’aimable autorisation d’Isabelle Szczepanski et d’Electron Libre

Isabelle Szczepanski  / 06 71 18 47 60/ http://www.electronlibre.info/