319 M€ de redevances ont été reversées aux ayants-droit français par Spotify en 2025, en hausse de 7 % par rapport à 2024 (à « près de » 300 M€), annonce la plateforme de streaming qui présentait le quatrième rapport annuel sur l’économie du streaming musical « Loud & Clear France », le 16/06/2026. « Cette croissance bénéficie à l’ensemble de l’écosystème de la musique », selon Spotify. À ce titre, « plus de » 100 artistes français ont généré « plus de » 500 000 € de redevances en 2025, et parmi eux, 35 ont dépassé 1 M€ de redevances, « soit trois fois plus qu’en 2019 ». En outre, 55 % des redevances générées proviennent d’artistes ou de labels indépendants français, « un niveau supérieur à la moyenne mondiale ».
Par ailleurs, sur les 319 M€ reversées, « la moitié provient d’auditeurs situés hors de France », ce qui constitue « une première », selon la plateforme, qui publie également des données chiffrées sur la musique francophone. « Un utilisateur sur six dans le monde écoute du contenu en français sur Spotify – sans vivre dans un pays francophone. Ce n’est pas une tendance, c’est un mouvement sans précédent, dont Spotify est le moteur », déclare Antoine Monin, directeur France et Benelux de Spotify. En 2025, « plus de » 116 millions d’heures de musique française et « plus de » 25 millions d’heures de podcasts francophones, ont été écoutées en dehors des marchés francophones. Les titres chantés en français génèrent des redevances en hausse de 17 % sur un an, selon Spotify.
La plateforme a également proposé un focus sur l’Afrique francophone, où elle « va désormais [se] tourner davantage », pour « faire du streaming une habitude quotidienne », après avoir « concentré [ses] efforts sur le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya, qui sont les trois pays africains dominants », indique Jocelyne Muhutu-Remy, directrice générale de Spotify en Afrique subsaharienne. Les deux premiers marchés non-francophones pour la musique africaine d’expression française sont l’Allemagne et les États-Unis. Magic System, Himra, Tiken Jah Fakoly ou Didi B font partie des artistes francophones les plus exportés hors de leurs marchés d’origine.
La musique française à l’international
- « Plus de » 148 millions d’utilisateurs à travers le monde, en dehors des marchés francophones historiques (France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Canada) ont écouté « régulièrement » des contenus en français sur Spotify (musique, podcasts ou livres audio)
- « Plus de » 116 millions d’heures de musique française écoutées
- 133 millions d’utilisateurs hors de France et du Canada ont ajouté des artistes ou des titres francophones à leurs playlists personnelles
- « Plus de » 600 millions de playlists incluant du contenu francophone sur Spotify
Les marchés non-francophones « les plus avides de musique française »
- Allemagne
- États-Unis
- Pays-Bas
- Royaume-Uni
- Espagne
- Italie
- Maroc
- Brésil
- Turquie
- Mexique
« On observe aussi une croissance fulgurante dans les marchés émergents, qui n’étaient pas sur la carte de la francophonie il y a cinq ans. L’Inde a connu une explosion de + 882 % de streams de musique française depuis 2020, passant de 27 à 269 millions de streams pour des morceaux francophones. L’Égypte est à + 1 207 %. L’Indonésie à + 559 % », précise Spotify.
Les artistes francophones les plus écoutés par région du monde :
En Asie-Pacifique
- Indila
- Gims
- Stromae
- Aya Nakamura
- Pomme
En Europe
- Gims
- Stromae
- Jul
- Bennett
- Indila
En Amérique latine
- Stromae
- Pomme
- Videoclub
- Arcane
- Indila
En Afrique du Sud, Moyen-Orient et Asie
- Gims
- Werenoi
- Jul
- Ninho
- Indila
En Amérique du Nord
- Stromae
- Pomme
- Patrick Watson
- Arcane
- Videoclub
Les artistes francophones émergents ayant connu une « forte » croissance internationale en 2025
- Triangle des Bermudes : + 11 870 % d’audience dans le monde en 2025 ; intégration dans « plus de » 30 playlists monde
- Rnboi : + 1 572 % ; intégration dans « une vingtaine » de playlists au niveau global
- Miki : + 1 460 % ; « Spotify Single » en 2025
Le Top des titres francophones les plus écoutés à l’international
- « Ma meilleure ennemie » de Stromae et Pomme
- « Je te laisserai des mots » de Patrick Watson
- « Dernière danse » d’Indila
- « Alors on danse » de Stromae
- Gims est présent deux fois dans le Top 10 des titres francophones, avec « Est-ce que tu m’aimes » et « Ninao ».
Focus sur l’Afrique francophone
- 120 M$ (103,5 M€) de revenus générés par la musique enregistrée en Afrique subsaharienne en 2025 (+ 15,2 %), selon l’IFPI.
- L’Afrique du Sud est le plus grand marché de la région, représentant 78,1 % des recettes régionales.
La musique d’Afrique francophone à l’export :
Top 10 des marchés où la musique d’Afrique francophone est la plus écoutée (en dehors des marchés francophones)
- États-Unis
- Allemagne
- Nigeria
- Italie
- Grande-Bretagne
- Burkina Faso
- Bénin
- Pays-Bas
- Congo
- Togo
Les artistes d’Afrique francophone les plus écoutés à l’international
- Magic System
- Himra
- Tiken Jah Fakoly
- Didi B
- Toumani Diabaté
- Amadou & Mariam
- Fatoumata Diawara
- Vieux Farka Touré
- BAD NOVA
- Sidiki Diabaté
« En 2050, un milliard d’Africains auront moins de 25 ans : un enjeu considérable pour les industries culturelles et les industries numériques » (Jocelyne Muhutu-Remy)
- « Il y a un phénomène qui concerne l’Afrique en général qui est que la musique africaine fait désormais pleinement partie des grands courants mondiaux de la musique internationale. Nous sommes très loin de l’époque où, à la Fnac, il fallait se rendre du côté des “musiques du monde”, des bacs un peu à l’écart, où l’on pouvait découvrir les musiques d’Afrique, notamment d’Afrique francophone. Ce n’est plus du tout le cas depuis quelques années. Les genres musicaux d’origine africaine, tels que l’afrobeats, comptent parmi ceux qui se développent le plus rapidement dans le monde, et qui s’exportent le plus, que ce soit en Amérique latine, au Japon ou en Inde.
- L’Afrique francophone s’inscrit dans cette dynamique, et ce n’est pas un hasard si ce mouvement s’est accéléré au cours des cinq dernières années. Plusieurs phénomènes expliquent cet essor :
- l’avènement du streaming en Afrique subsaharienne, où la présence de Spotify, hors Afrique du Sud, ne date que de cinq ans ;
- la baisse du prix de la data, notamment grâce à des opérateurs tels qu’Orange, avec lesquels nous avons un partenariat en Afrique francophone pour donner accès à Spotify avec de la data gratuite ;
- la généralisation des smartphones, notamment grâce à des marques d’origine chinoise ;
- l’essor et la professionnalisation du secteur musical local, notamment en Côte-d’Ivoire avec l’émergence d’artistes locaux tels Himra, Didi B. À l’origine, ces artistes ne cherchent pas forcément à s’exporter. Ils chantent ou rappent, en nouchi ou autres, pour leur public. Mais le fait de se concentrer sur la scène locale permet, en réalité, de s’exporter.
- Enfin, il y a aussi un aspect démographique à avoir en tête. En 2050, un milliard d’Africains auront moins de 25 ans. Pour les industries culturelles et les industries numériques, c’est un enjeu tout à fait considérable.
- En ce qui concerne Spotify, nous en sommes encore vraiment aux débuts en Afrique francophone. Cela s’explique par le fait que notre développement se fait État par État. Nous avons d’abord concentré nos efforts sur le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya, qui sont les trois pays dominants sur le plan économique. Nous allons désormais nous tourner davantage vers l’Afrique francophone, où nous constatons une maturation qui nous incite à investir. Et lorsque je parle d’investissement, je parle de manière très large : il s’agit notamment d’investir en marketing pour faire adopter le streaming et qu’il devienne une habitude quotidienne.
- Je disais plus haut que la professionnalisation du secteur musical est en cours, mais avant que nous ayons des stars du niveau de Burna Boy ou de Wizkid en Afrique francophone, il faudra que les conditions soient plus solides dans ces marchés.
- Cela dit, nous constatons que les diasporas africaines jouent un très grand rôle. Peut-être que les artistes d’Afrique francophone devraient davantage s’appuyer sur ces diasporas et les animer, comme l’ont fait les artistes nigérians. Nous observons déjà certains éléments de cette dynamique, avec la RDC par exemple. Fally Ipupa, l’un des artistes, voire l’artiste francophone, le plus streamé, a notamment rempli deux fois le Stade de France en mai 2026, avec un public qui était majoritairement composé de personnes issues d’Afrique centrale.
- Nous devons aussi travailler sur l’intégration des systèmes de paiement que les consommateurs de ces marchés préfèrent. En Côte-d’Ivoire, par exemple, le paiement par carte bancaire est privilégié pour avoir Spotify. Mais le consommateur lambda préfère quand même utiliser des méthodes de paiement mobiles telles qu’Orange Money, MTN Money, etc. Cette intégration-là, nous devons la faire pour accélérer les abonnements et, au final, la redistribution des redevances aux artistes locaux. »
Jocelyne Muhutu-Remy, Directrice générale Afrique subsaharienne
Les leviers activés par Spotify pour promouvoir la musique d’Afrique francophone
• Le travail de « transparence » et d’« empowerment » auprès des artistes, afin qu’ils sachent comment fonctionne Spotify, à travers des master classes, des rendez-vous, des rencontres en marge de festivals, etc.
• La promotion éditoriale et le placement en playlist
• Les partenariats et mises en avant sur la plateforme, à travers des programmes comme « Radar » pour les artistes émergents, ou « Equal » pour les artistes féminines.
« Les artistes africains peuvent désormais commencer à exister dans d’autres marchés que l’Occident » (Antoine Monin)
- « Nous parlons évidemment du streaming comme d’une révolution qui a permis de mettre fin à la crise du disque, et au secteur de la musique ainsi qu’aux artistes de retrouver de la valeur. Mais, bien au-delà, le marché du disque est un marché qui va totalement se réinventer et se transformer.
- Il y a 20 ans, il reposait, en termes de monétisation, sur une dizaine de pays, principalement des pays occidentaux, européens et nord-américains. Lorsque vous étiez une chanteuse issue du Cap-Vert, lorsque vous étiez un groupe africain ou un groupe cubain, le succès passait nécessairement par l’Europe ou les États-Unis. À l’époque, connaître du succès dans son propre pays ne pouvait pas suffire. S’exporter impliquait de tourner à New York, à Paris.
- Cette époque n’est pas simplement révolue, elle est en train de changer complètement. Les artistes peuvent aujourd’hui d’abord se concentrer sur leurs propres marchés, voire commencer à exister dans d’autres marchés que les marchés occidentaux, en Asie ou en Amérique latine par exemple, avant même que nous n’en ayons entendu parler en Europe ou en Amérique du Nord. Nous sommes donc véritablement à l’aube d’une nouvelle révolution musicale, où la créativité et les artistes africains bénéficieront enfin du niveau de succès qu’ils méritent. »
Antoine Monin, directeur général France et Benelux de Spotify